Les réfugiés en Inde : une proximité culturelle

Dans le contexte de la crise des réfugiés en Europe, ci-dessous un point sur la situation des réfugiés en Inde, l’une des plus grandes terres d’accueil dans le monde. Retour sur leurs parcours, espoirs et défis.

Il est 9 heures du matin, à New Delhi, la capitale indienne, devant le Foreign Registration Office (FRRO), qui fournit les permis de résidence sur le territoire indien. Des centaines de personnes font la queue, sous un soleil déjà brûlant. Parmi eux, certains travaillent déjà en Inde mais une grande majorité possèdent un statut de réfugié et souhaitent obtenir les autorisations nécessaires pour pouvoir résider, travailler et bénéficier d’aides dans le pays.

Assis sur un banc, Amanudin attend son tour dans la section spéciale dédiée aux Afghans. Un officier du FFRO, les cheveux en bataille et le visage en sueur, lui demande très sèchement de faire la queue comme les autres. Après une heure d’attente, le même officier lui refuse l’entrée, lui déclarant qu’il n’a pas réuni tous les documents nécessaires.

« Je n’ai jamais voulu quitter ma maison, mon pays ou les gens avec qui j’ai grandi… mais maintenant, je n’ai plus rien. Tout est à reconstruire. Fuir fut la seule solution pour moi… », explique, avec fatalité, Amanudin. Ce jeune Afghan habite à Lajpat Nagar, dans le Sud de New Delhi, depuis deux ans.

La réalité, une fois sur place, en Inde, est loin de faire rêver. Les réfugiés doivent passer par de nombreux processus administratifs et cela peut prendre des mois comme des années. « Quand je suis arrivé, je n’avais pas de papiers, aucun statut… Je vivais dans la rue, je mangeais à la mosquée, parfois, je ne mangeais pas… C’était dur… Et puis, au travers d’associations et de contacts dans le quartier des Afghans, à Lajpat Nagar, j’ai réussi à obtenir les documents pour pouvoir bénéficier d’aides », ajoute Amanudin. L’an dernier, il a ouvert un petit restaurant avec d’autres Afghans. Les yeux dans le vide et avec une pointe d’espoir, il ajoute : « J’espère obtenir la nationalité indienne, mon frère est encore coincé là-bas, en Afghanistan et j’aimerais qu’il me rejoigne ».

Un réfugié est par définition une personne qui a été forcée de quitter son pays pour diverses cas de force majeure : dans le but par exemple d’échapper à la guerre, aux persécutions ou à une catastrophe naturelle… Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), le nombre de réfugiés dans le monde s’élèverait actuellement à 20 millions de personnes. 53% de ces réfugiés viennent de Syrie, d’Afghanistan ou de Somalie. « Le statut de réfugié les protège d’une éventuelle déportation (ils peuvent être assimilés à des clandestins). Il leur offre une protection et leur ouvre des droits, comme celui de l’accès aux soins et à l’école publique », explique Yasuko Shimizu, Chef de mission pour l’Inde au UNHCR.

Des chiffres officiels sous-estimés

Dans un pays aussi vaste et disparate que l’Inde, la situation des réfugiés varie d’une communauté à l’autre. Parmi ceux qui bénéficient de ce statut depuis maintenant de nombreuses années : les Bangladeshis, les Tibétains, les Afghans, les Rohingyas, qui viennent de Birmanie, et les Sri-lankais, ayant tous fui la guerre ou des situations dramatiques dans le pays d’origine. « Nombre d’entre eux ne sont même pas enregistrés, les chiffres actuels du UNHCR comptabilisant environ 200 000 demandeurs d’asile ne sont pas corrects… », note cependant un officiel du Ministère indien de l’Intérieur.

L’Inde a toujours maintenu un statut neutre dans les conflits internationaux et concernant les violations des droits de l’Homme dans les pays voisins (Birmanie, Sri-Lanka, Chine…), suscitant de nombreuses critiques. Elle n’a également jamais signé la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et ne dispose pas d’une législation nationale pour les réfugiés. Pourtant, l’Inde a toujours gardé ses frontières ouvertes aux victimes recherchant une terre de paix. Que ce soit les Zoroastriens, qui ont fui les persécutions en Iran, ou les Afghans échappant aux répercussions chez eux de l’après attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le Dalaï Lama, le chef spirituel des Tibétains et le plus célèbre réfugié au monde, réside lui-aussi en Inde. Il a fui en 1959 son pays, passé sous domination chinoise, et s’est établi dans le Nord de l’Inde. Il compare notamment « la relation de l’Inde avec les Tibétains à celle d’un maître spirituel, un Gourou, avec ses disciples. Quand ses derniers rencontrent des difficultés, le maître doit davantage veiller sur eux. C’est ce qui s’est passé depuis plus de 50 ans entre l’Inde et les Tibétains. »

Atteindre l’Inde est pour tous un soulagement. Mais les situations auxquelles font face les réfugiés sont souvent tragiques et déchirantes. Certains vivent dans la rue et survivent grâce des emplois temporaires non-déclarés. « Nous devons réagir de façon professionnelle, en prenant des décisions. Parfois, c’est très dur d’un point de vue humain. Je dirais que le UNHCR fait de son mieux avec les moyens qui lui sont alloués et la disponibilité de son personnel, mais nous ne pouvons pas nous substituer aux résolutions politiques pour apporter une solution au problème des réfugiés sur le long terme », ajoute Yasuko Shimizu.

Les politiques du gouvernement indien concernant la question des réfugiés sont encore souvent floues et les démarches administrative très lourdes. « L’Inde est déjà un pays pauvre et de nombreux Indiens eux-mêmes vivent dans des situations difficiles. Il faut trouver le bon équilibre et mettre en place des structures et des infrastructures adéquates. Pour l’instant, on manque d’une politique commune à l’échelle du pays. Les Etats indiens gèrent tant bien que mal. Prenez par exemple le Tamil Nadu, qui malgré les questions de sécurité, a pris la décision – quasi-seul – d’ouvrir ses frontières aux réfugiés sri-lankais », ajoute l’officiel du Ministère de l’Intérieur.

De nombreuses autres raisons poussent cependant les réfugiés à choisir l’Inde, notamment des motivations culturelles. « Toutes les religions sont respectées en Inde, nous somme libres de pratiquer et d’être nous mêmes. L’Europe est bien sûr plus développée, les infrastructures et les opportunités sont meilleures, mais en Inde, je me sens culturellement plus proche », explique un réfugié syrien, vivant dans le Sud de New Delhi. Et au final – malgré des situations dramatiques – que ce soit l’Inde ou un autre pays, « c’est mieux d’être ici, dans un pays libre et en paix que de mourir chez nous… », conclut Amanudin.

Publié dans INDES magazine juillet-aout 2016

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