Birmanie : la détresse des Rohingyas

Les Rohingyas, communauté musulmane apatride de Birmanie (Myanmar) sont considérés par les Nations Unies comme la minorité la plus persécutée au monde.

Un bateau de Rohingyas fuyant la Birmanie, arrêté par la police thaïlandaise. www.info-birmanie.org
Un bateau de Rohingyas fuyant la Birmanie, arrêté par la police thaïlandaise.
http://www.info-birmanie.org

Il aura fallu des centaines de morts depuis 2012 et plusieurs bateaux de migrants mourant abandonnés en pleine mer pour que le monde commence à s’inquiéter de la situation des Rohingyas.

Près d’un million d’entre eux vivent actuellement au Myanmar ; ils sont nés et ont grandi dans le pays. Pourtant, la majorité bouddhiste birmane ne les a jamais acceptés sur leur territoire ; ils sont traités  d’«animaux» ou de «noirs». Originaires de la région d’Arakan (aujourd’hui Etat de Rakhine), ils ont été convertis à l’islam lors des invasions musulmanes au VIIIe siècle. La région d’Arakan a ensuite été administrée par différents royaumes avant d’être occupée par les Anglais en 1825 puis annexée par les Birmans en 1948.

Le gouvernement birman classe officiellement les Rohingyas comme étant des immigrés venus du Bangladesh. Les lois locales leur refusent ainsi la citoyenneté, leur interdisent de circuler sans permission ou de posséder des terres. Ils doivent aussi demander une autorisation s’ils souhaitent avoir plus de deux enfants.

Le gouvernement complice de crime

Depuis la fin de la junte militaire et la naissance, en 2011, d’un nouveau gouvernement qui se veut démocratique ; les conflits intercommunautaires, déjà nombreux entre les deux communautés, se sont amplifiés pour atteindre un pic alarmant au cours de l’été 2012, obligeant le gouvernement a déclarer l’état d’urgence. L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW) avait alors publié un rapport faisant état de plusieurs villages complètement rasés, où des corps de femmes, d’hommes et d’enfants brûlés, dont certains les mains liées dans le dos, avaient été retrouvés.

Parmi les centaines de témoignages récupérés par HRW, certains décrivent des policiers et des soldats assistant les Bouddhistes dans l’extermination des Rohingyas en leur fournissant des machettes, des sabres, des armes à feu et des cocktails Molotov.

Depuis ces événements, près de 150 000 Rohingyas se seraient enfuis de la région pour s’installer dans des ghettos dans le sud-ouest du pays à la frontière avec la Thaïlande. Ils y vivent dans des conditions précaires, sans eau, sans électricité ni médicaments. Les aides humanitaires ont été restreintes dans la région. Le trafic humain s’est alors développé rapidement et les passeurs tentent régulièrement de les déplacer dans d’autres pays d’Asie du sud en bateaux. L’opposition récente de la Thaïlande, qui a désormais pris des sanctions strictes sur l’arrivée des migrants, a totalement désorganisé le réseau, laissant plusieurs milliers de Rohingyas en pleine mer pendant plusieurs jours.

Intérêts économiques

Bien que le terme de « nettoyage ethnique » n’ait pas de définition juridique formelle, il décrit généralement la politique d’un groupe ethnique ou religieux destinée à vider un territoire de la présence d’un autre groupe par des méthodes violentes et inspirant la terreur.

Le Myanmar a promis de se pencher sur les « racines » de la crise mais le sujet reste sensible en vue des prochaines élections législatives de novembre. Même Aung San Suu Kyi (prix Nobel de la paix) à la tête du parti d’opposition birman, est restée silencieuse face à la crise. Récemment, le Bangladesh a annoncé vouloir déplacer tous les Rohingyas qui vivent actuellement dans des camps le long de la frontière birmane sur une île dans la baie du Bengale, Hatiya Island. Il y a quelques jours, le Premier ministre Sheikh Hasina, a qualifié les Rohingyas de « malades mentaux » dans une intervention publique.

La plus grande démocratie du monde, l’Inde – pourtant terre d’asile de millions de réfugiés – a également fermé les yeux sur la persécution des Rohingyas. Depuis ces dernières années l’Inde s’était engagée dans des missions économiques et stratégiques avec le Myanmar afin de l’accompagner dans sa transition vers la démocratie et surtout dans le but de contrer l’influence chinoise dans la région.

L’Inde aurait pu agir auprès de l’Association des nations de l’Asie du sud-est (ASEAN), dont le Myanmar fait partie, pour mettre fin aux persécutions. Les pays membres de l’ASEAN sont également coupables d’inaction face à la plus grande crise de refugiés en Asie du sud-est depuis la campagne sanglante des Khmer Rouge au Cambodge il y a près de trois décennies.

La Thaïlande et la Malaisie ont fait très peu pour assister les milliers de réfugiés qui ont réussi à traverser la frontière. Depuis environ un an et demi, près de 10 000 Rohingyas sont venus en Inde et résident dans les états du Bengale Occidental, de l’Andhra Pradesh, du Bihar et de l’Uttar Pradesh. Près de 3 000 d’entre eux sont à New Delhi. Ils vivent dans l’incertitude, sans droit, sans statut de réfugiés et peu d’espoir d’obtenir la citoyenneté indienne.

Malgré les conflits intercommunautaires sanglants de 2012, l’Union européenne a levé les sanctions économiques à l’exception de l’embargo sur les armes, qui pesaient sur le Myanmar, lui permettant ainsi d’accéder aux aides du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque mondiale. Dès lors, les puissances mondiales étaient occupés à soutenir les « réformes démocratiques » du pays afin de profiter des investissements possibles notamment dans le secteur du gaz et du pétrole.

Le président Barack Obama a appelé début juin le Myanmar à « cesser de discriminer » les Rohingyas. Les Etats-Unis ont annoncé un don de 3 millions de dollars à l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), sur les 26 millions de dollars requis pour gérer la crise. Ils ont aussi promis d’en accueillir quelques milliers. Mais faire le « tri » entre réfugiés économiques, demandeurs d’asile et réfugiés politiques risque d’être une tâche difficile. Souvent un réfugié économique, qui a traversé la frontière illégalement de son plein gré devient une victime de trafic humain lorsqu’il est kidnappé et doit verser une rançon. Par ailleurs ni le Myanmar, ni la Thaïlande n’ont signé la Convention internationale sur le statut des réfugiés. Leur destin reste donc toujours incertain ; pour faire tomber les réseaux et les passeurs peu scrupuleux, il faut se pencher sur les causes de l’exode et faire pression sur le Myanmar pour qu’il considère finalement les Rohingyas comme des citoyens à part entière.

Publié dans INDES magazine Juillet-Aout 2015.

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