Visite de Modi en France

L’économie en haut de l’agenda

Narendra-Modi-In-Red-TurbanDepuis la signature d’un partenariat stratégique, en janvier 1998, les relations franco-indiennes ont connu de modestes avancées au niveau du commerce bilatéral. La première visite en France du Premier ministre indien Narendra Modi – réputé pour son positionnement très « pro-business » – pourrait changer la donne.

Les relations entre la France et l’Inde peuvent être comparées à un bon vin ; un vin qui, à mesure qu’il gagnerait en maturité, se bonifierait. Si leur assemblage a mis du temps a prendre une tournure convaincante et si son goût est resté longtemps à la traîne par rapport à celui plus épanoui d’autres pays européens, il n’en est pas moins vrai qu’aujourd’hui le millésime franco-indien délivre ses premiers arômes, solides et énergiques.

Depuis les années 1960, la France a été l’une des premières nations à soutenir l’Inde dans ses prises de positions géopolitiques et géostratégiques. Allant jusqu’à s’opposer à plusieurs reprises à ses alliés au sein de l’OTAN, que ce soit lors des ses essais nucléaires de 1998 ou pour l’obtention d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.

La France a également été l’une des principales puissances occidentales à avoir propagé l’idée d’un monde multipolaire à la fin de la guerre froide et après la chute du Mur de Berlin. Les Français, inquiets par l’émergence des Etats-Unis, avaiten alors déjà identifié les puissances indienne et chinoise comme des pôles décisifs dans le nouvel ordre mondial.

Et soutenir une super puissance en devenir, cela porte ses fruits… Dans les années 1980, l’Inde s’offrait le Mirage. Dans les années 1990, elle achetait six sous-marins Scorpene. En 2012, elle passait une commande de 126 Rafale pour près de 12 milliards d’euros, soit la plus grosse commande de l’histoire militaire… si toutefois elle se conclut.

Le maillon faible

Malgré de grosses commandes passées dans le secteur de la Défense, le commerce bilatéral n’a pas su refléter le dynamisme des relations stratégiques et politiques entre les deux pays. Bien que les liens économiques datent de plus d’un siècle, les deux pays n’ont en quelque sorte pas réussi à construire des relations commerciales fortes. « Pendant plusieurs années, les Français se sont davantage intéressés à la Chine, comme en témoigne le nombre d’entreprises françaises qui y sont délocalisées, mais aussi les articles de presse en France, qui ne traitent finalement que très rarement de l’Inde et de son potentiel, explique un entrepreneur français en Inde dans le secteur du textile. Le retrait de certaines grandes entreprises françaises du marché indien, comme Peugeot et Carrefour par exemple, ont également contribuée à donner une mauvaise image de l’Inde en France ».

Pendant sa visite en Europe, au cours de laquelle il se rendra en France puis en Allemagne avant de s’envoler pour le Canada, Narendra Modi sera accompagné d’une délégation de chefs d’entreprises indiennes à la recherche de nouveaux marchés d’investissement. « Son objectif est aussi d’attirer les investissements en Inde dans les secteurs du développement urbain, du traitement des déchets et de l’agroalimentaire notamment. Il présentera également les programmes « Skill India » (former en Inde) et « Make in India » (fabriquer en Inde) », explique une source à l’ambassade de l’Inde en France.

Depuis la crise économique qui a touché l’Europe, les sociétés indiennes s’étaient plus ou moins tenues sur leurs gardes n’investissant que très peu sur le marché français. Les principales raisons invoquées : encore et toujours les différences culturelles ou la nature de son marché qu’elles trouvent trop rigide et pas assez ouvert. Dans le sens inverse, c’est le même refrain, la même défiance de la sphère économique sur le degré d’ouverture au niveau politique. C’est donc l’impasse : la France et l’Inde se plaignent de la fermeture des marchés, du peu de soutien à l’investissement étranger et des lourdeurs bureaucratiques qui freinent l’activité.

Depuis ces dix dernières années, de nombreuses sociétés indiennes ont commencé à investir en France, plusieurs d’entre elles ont fait marche arrière depuis le début de la crise, voire envisagé d’arrêter tout investissement : « Il y a cinq ans, la France, comme l’Allemagne, faisait partie de nos marchés prioritaires en Europe, mais aujourd’hui seule reste cette dernière. La France s’enfonce dans la crise et se relèvera avec plus de difficultés. Nous ne nous risquerons pas à investir davantage pour le moment », confie le représentant d’une des cinq principales SSII (sociétés de services en ingénierie informatique) indiennes présentes sur le marché français.

Mais d’autres entreprises indiennes ont aussi trouvé dans la crise et la baisse des prix, une opportunité – notamment pour les acquisitions. Tata Consultancy, la plus grande SSII indienne a racheté le français Alti pour 75 millions d’euros, la société indienne Sintex, dans le domaine du plastique a racheté le groupe Simonin pour 18 millions d’euros et Mahindra Automobile a acquis la majorité de Peugeot Motorcycles pour 28 millions d’euros.

De leur côté, les entreprises françaises investissent de plus en plus en Inde, leur nombre a plus que doublé ces cinq dernières années. Leurs investissements se concentrent tout particulièrement sur les secteurs clés du développement indien que sont l’agroalimentaire, les infrastructures urbaines et l’aviation civile. Un effort encore insuffisant si l’on considère que la France se situe, vis-à-vis de l’Inde, seulement au 8e rang pour son commerce bilatéral parmi les pays de l’Union européenne, derrière de plus petits Etats tels que la Belgique, les Pays-Bas ou l’Italie. Il y a sept ans, le Président Sarkozy avait fixé, lors de sa première visite officielle en Inde, à 12 milliards d’euros le niveau que devait atteindre le commerce bilatéral entre les deux pays en 2012 ; en 2015, il n’est que de 7 milliards.

Hors la Défense, qui amasse les commandes en faveur de la France avec tous les yeux rivés sur le contrat des Rafale, le nucléaire est l’autre secteur sur lequel se fonde historiquement le partenariat stratégique. Bien qu’en pourparlers depuis presque 5 ans, aucun accord définitif n’a encore été avalisé entre Areva et l’entreprise publique indienne NPCIL (Nuclear Power Corporation of India Ltd) au sujet d’un contrat portant sur la construction de 6 réacteurs EPR (dernière née des centrales produites par Areva) pour une puissance développée totale de 9 900 MW à Jaitapur dans le Maharashtra. Le souci : faire face à la fronde des habitants et des ONG qui dénoncent depuis 2010 le projet et ses implications pour la pêche et l’agriculture, ou la santé et la qualité des eaux. Mais, avec la décision conjointe de l’entreprise française et de l’opérateur indien de relever le plancher d’indemnisation des personnes touchées, le projet pourrait se débloquer. « L’argent achète tout en Inde, tout particulièrement quand on s’adresse aux couches les moins aisées… Les propriétaires de la région de Jaitapur devraient toucher près de 2,2 millions de roupies par acre de terrain », explique un journaliste du quotidien indien Business Standard qui suit le dossier depuis ses débuts.

Ponts culturels

Depuis toujours l’Inde a attiré les maîtres de la pensée française et autres philosophes et écrivains, comme Romain Rolland ou André Malraux. Depuis ces deux dernières décennies, la littérature indienne est mieux connue et appréciée en France. Les échanges culturels au niveau de l’art, de la musique et de la danse sont toujours aussi dynamiques et le français est la principale langue étrangère (outre l’anglais) a être enseignée en Inde.

Au delà des ponts culturels déjà établis, la visite de Modi en Europe continentale promet donc d’être principalement centrée autour de l’économie. Si pour la France, l’Inde est un partenaire désormais indispensable, la santé économique de l’Union Européenne, premier partenaire commerciale de l’Inde, est aussi vitale à son développement et l’atteinte de ses objectifs de croissance.

Publié dans INDES magazine, numéro spécial France-Inde 2015. 

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