Immigration clandestine : « des marrons chauds ? »

Copyright: Camitonne blog
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Si nombre d’Indiens ont immigré en France pour des raisons professionnelles, il en existe aussi qui ont immigré pour des raisons économiques. Nombre d’entre eux sont arrivés illégalement sur le territoire et débutent leur vie en France dans des conditions plutôt précaires.

On les trouve dans les couloirs du métro parisien en train de vendre des légumes, tout au long des Galeries Lafayette avec leurs caddies pleins de marrons chauds ou encore aux alentours des restaurants avec des bouquets de roses. L’immigration clandestine en provenance d’Inde a connu une forte augmentation ces dernières années. Les gouvernements indiens et français n’ont pas de chiffres précis, mais ils estiment que chaque mois 2 000 clandestins venus du sous-continent indien arrivent dans l’Union Européenne. Selon l’ambassade de l’Inde, environ 100 000 Indiens résident officiellement en Ile-de-France et un nombre presque identique vit en France clandestinement.

Dans le quartier de l’Opéra à Paris, Sukhchain Singh vend des marrons chauds. « J’étais propriétaire d’une exploitation à Kurukshetra dans l’Etat de l’Haryana. Elle s’étend sur un peu moins de cinq hectares mais cela ne suffisait pas à nourrir ma famille », raconte t-il.  J’étais désespéré et finalement j’ai trouvé un moyen d’échapper à la misère. J’ai hypothéqué mon exploitation et je me suis arrangé pour réunir les 400 000 roupies que mon « agent » me réclamait ». C’est ainsi qu’accompagné de quatre autres personnes de sa région, il a passé sans encombres les services d’immigration de l’aéroport Charles de Gaulle à Paris.

Rapidement après son arrivée, Sukhchain Singh réalisa que la vie à Paris n’était pas plus simple qu’à Kurukshetra. Il gagne entre 15 et 30 euros par jour. Mais ses dépenses hebdomadaires, aussi minces soient-elles, dépassent les 200 euros, ne lui laissant absolument rien à renvoyer chez lui. Quant à sa qualité de vie, elle est plus que médiocre : «  Je partage une petite chambre avec quatre autres personnes et j’essaie d’économiser le moindre centime », poursuit-il. Pourtant, comme la plupart des migrants clandestins, Sukhchain Singh ne veut pas renoncer et rentrer chez lui, expliquant qu’il ne récupèrera pas ses 400 000 roupies et qu’il a donc tout intérêt à rester à Paris encore quelques temps et à y faire quelque chose de sa vie.

Maintenir leurs dépenses au plus bas est primordial pour ces Indiens « immigrés économiques ». Ils vivent généralement dans une petite chambre d’environ 9m2 dans un hôtel, ou dans des quartiers pauvres de Paris, qu’ils partagent avec 3 ou 4 autres personnes. Les aventures des clandestins indiens en France sont cependant très diverses et ne connaissent pas forcément une fin tragique.

Les trottoirs des Galeries Lafayette

Dans son petit village de Bharuch, au Gurajat (ouest), Ayaz Ahmed Abhi passait son temps comme il le raconte, « à jouer au cricket, manger et dormir », jusqu’à ce qu’il émigre. Il est tout d’abord parti pour Johannesburg en Afrique du Sud, où il vécut de petits boulots pendant quelques mois. De là, avec un authentique visa touristique de 15 jours pour la France, apposé sur un faux passeport Sud Africain – qu’il acquit pour 50 000 roupies – il atterrit à Paris en novembre 1997.

Il commença à vendre sur le trottoir des Galeries Lafayette des jouets importés d’Italie et de Chine. Les affaires étaient plutôt bonnes. Un jour en décembre, il gagne 150 euros la journée. Les autres mois, il gagnait autour de 45 ou 70 euros. Résultat, à la fin de sa toute première année en France, il avait réussi à économiser près de 7 000 euros. En moins de trois ans, Ayaz a réussi à mettre de côté près de 30 000 euros.

Tous les immigrés clandestins ne fuient pas forcément la pauvreté du pays. La vie de Salman était presque parfaite. Diplômé de la faculté de Rizvi à Bandra, dans la banlieue bourgeoise de Mumbai, il suivait des cours d’informatique tout en travaillant pour une agence immobilière à Mumbai. « Mon père avait une petite boutique de chaussures à Bandra. Mais les émeutes de Mumbai, qui suivirent la démolition de la Babri Masjid (la mosquée Babri à Ayodhya, en Uttar Pradesh, NDLR) en décembre 1992, ont détruit l’affaire familiale. Nous avons tenté de la reconstruire mais en vain. Nous avons alors dû envisager un nouveau départ », se souvient-il. Le cousin de Salman, installé en Afrique du Sud, lui proposa de le rejoindre. Après une succession de petits boulots dans des restaurants et des magasins de Johannesburg, Salman se procura un faux passeport Sud Africain et atterrit à Paris.

Aujourd’hui il travaille avec près d’une vingtaine d’autres Indiens qui occupent les trottoirs des Galeries Lafayette. Les migrants vendent un large choix d’articles – du briquet à 2 euros aux poupées qui dansent pour 10 euros.

Si passer l’immigration quand ils arrivent à l’aéroport est le plus gros problème des clandestins, leurs difficultés ne s’arrêtent pas là. Vendre des biens sur le trottoir sans autorisation est illégal. « Parfois, les policiers font une descente et prennent nos biens et c’est une grosse perte pour nous. Mais ils ne nous harcèlent pas et ne prennent pas notre argent »,  explique Sukhchain Singh. Certains clandestins sont plutôt satisfaits du comportement de la police. «  Ils sont polis. Souvent, ils font semblant de ne pas voir. Il y a des flics qui vous disent de remballer quand ils arrivent en ajoutant qu’on peut recommencer après leur départ. Ils ne vous touchent jamais, contrairement à ce qui se passe en Inde où ils vous giflent avant même d’avoir dit un mot », raconte Mohammed Ilyas, un ancien résident de Bharuch, qui vend des marrons chauds place de l’Opéra.

Permis de travail

Même lorsqu’ils sont arrêtés sans papiers, les autorités françaises n’arrivent pas toujours à renvoyer les clandestins en Inde. « Le problème c’est qu’il est quasi-impossible de prouver leur nationalité indienne à l’ambassade pour pouvoir les renvoyer dans leur pays. Selon l’ambassade, l’individu pourrait tout à fait être originaire du Bangladesh, du Pakistan ou du Sri Lanka, explique un policier parisien. En plus, très souvent ces derniers détruisent leurs papiers d’identité, ce qui nous complique la tâche… »

Au final, ceux qui sont arrêtés par la police passent deux ou trois jours en prison et sont ensuite libérés. « Aller en prison ? Ce n’est pas si grave que ça… Au contraire c’est plutôt confortable et propre. En plus on nous nourrit, il fait chaud et il y a la télé ! », dit Sukhchain Singh en souriant.

Mais la plupart admettent ne pas pouvoir passer leur vie à vivre dans cette incertitude et essaient donc d’obtenir des permis de travail qui les autoriseraient à chercher des emplois dans des restaurants ou sur des chantiers de construction. Mais, avec un taux de chômage élevé, les permis sont presque impossibles à obtenir en France. Ils tentent alors d’autres options.

Mohammed Ilyas est ainsi sur le point d’obtenir un permis de travail contre environ 1 100 euros. D’autres, moins chanceux, essaient d’autres méthodes plus désespérées. Un grand nombre d’habitants du village d’Ayaz Ahmed Abhi se trouvent à Toronto et lui ont proposé de les rejoindre. Il y a quelques temps, Ayaz a obtenu un faux passeport britannique et a tenté de partir pour le Canada depuis l’Europe de l’Est. Mais son passeport britannique lui a fait défaut et il s’est fait prendre. Après avoir révélé sa nationalité indienne sous la pression, Ayaz a été conduit par la police à l’ambassade de l’Inde à Paris avant d’être renvoyé en Inde…

Publié dans INDES magazine janvier-février 2015

2 réflexions au sujet de « Immigration clandestine : « des marrons chauds ? » »

  1. Bonjour Christine ,

    Je suis tombé sur votre blog par hasard en effectuant à l origine des recherches d association pour aider des enfants en Inde. Si vous pouvez m apporter des informations sur des associations sur CHENNAI cela me serait fort utile.

    Votre blog est super car la présentation est soigné et il aborde différents thèmes.

    Cela doit demander du temps et du travail donc quand c est bien fait il faut pas hésiter à le dire ce qui est le cas

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