L’Inde traque en Suisse les milliards de ses évadés fiscaux

Le nouveau premier ministre Modi veut rapatrier les fortunes non déclarées.

L’immobilier est l’un des secteurs qui encouragent les transactions de fonds non déclarés (ici, à Bombay, la capitale économique de l’Inde).
L’immobilier est l’un des secteurs qui encouragent les transactions de fonds non déclarés (ici, à Bombay, la capitale économique de l’Inde).

Comme la France, l’Allemagne et les États-Unis, l’Inde a lancé une chasse aux évadés fiscaux. Mais contrairement à la plupart des pays occidentaux, le sous-continent indien doit faire face à une double difficulté. La première concerne l’estimation réelle de cette économie échappant au fisc qui se situerait entre 370 et 880 milliards de dollars. La deuxième est le manque de contrôle du système : moins de 3 % de la population indienne paye son impôt sur le revenu, la plupart camouflant en plus une partie de leurs revenus pour payer moins.

Ce cercle vicieux, Narendra Modi, le nouveau premier ministre, a promis de le briser en rapatriant tous les fonds non déclarés grâce à la constitution d’une équipe spéciale d’enquête. En début de semaine, la Banque nationale suisse a émis un rapport révélant que le montant total détenu par les Indiens dans les banques suisses a augmenté de 43 % en 2013, représentant un total de 1,8 milliard d’euros.

L’annonce de cette nouvelle a aussitôt déclenché des rumeurs sur la transmission à New Delhi d’une liste d’évadés fiscaux. Le gouvernement suisse a démenti.

Dessous-de-table 

L’Inde est l’un des 36 pays avec lesquels la Suisse a signé un traité pour répondre aux demandes d’information fiscale. Cependant, la plupart des experts estiment que Delhi doit avant tout renforcer le contrôle fiscal au lieu d’essayer de retrouver cet argent une fois qu’il a quitté le pays.

Selon Ved Jain, le directeur de l’Assocham (les chambres de commerce), le gouvernement doit suivre l’exemple des États-Unis et de l’Allemagne et annoncer une amnistie fiscale pour inciter les Indiens de ramener leurs fonds en Inde.

« En Inde, on trouve toujours un moyen de payer moins, c’est le pays des dessous-de-table ! », affirme Santosh Sinha, un chef d’entreprise dans le secteur du textile à Delhi. « Personnellement, je ne vois aucun intérêt de payer les impôts honnêtement. De toute façon, tout cet argent va dans les poches de bureaucrates et politiciens corrompus », ajoute-t-il.

L’immobilier est l’un des secteurs qui encouragent les transactions de fonds non déclarés en raison de la forte hausse des impôts et des procédures administratives complexes. « Les gens sous-évaluent leurs biens et ne déclarent pas les ventes et achats. Le gouvernement devrait fixer des points de référence pour tous les secteurs et taxer en fonction », explique Madhav Poddar d’Ernst & Young.

Une autre source d’argent non déclaré provient de la diaspora indienne à travers le monde, constituée d’environ 28 millions de personnes envoyant régulièrement des fonds à leur famille au pays. Le gouvernement de Modi sera-t-il plus efficace que son prédécesseur du Parti du Congrès dans sa chasse aux évadés fiscaux ? « Il n’a même pas été capable d’être transparent sur les fonds utilisés pour financer sa campagne. Et même avec le soutien de la Suisse, cette liste ne sera jamais dévoilée car la plupart de nos politiciens ont des comptes à l’étranger… », conclut Santosh le patron désabusé

Publié dans Le Figaro

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