L’éclat terni de la dynastie Gandhi

Manmohan Singh, Sonia Gandhi, Rahul Gandhi - Crédit photo: Manish Swarup/AP
Manmohan Singh, Sonia Gandhi, Rahul Gandhi – Crédit photo: Manish Swarup/AP

Les résultats accablants enregistrés aux élections générales amènent le Parti du Congrès à repenser toute sa stratégie.

Alors qu’une vague pro-Modi déferlait sur l’Inde, c’est un Rahul Gandhi tout sourire qui est apparu vendredi devant une horde de journalistes lors de la conférence de presse organisée en catimini par le Parti du Congrès. À ses côtés, sa mère, Sonia, présidente du parti, affichait un air plus grave.

«Les résultats du Congrès sont mauvais. Il y a beaucoup à faire. En tant que vice-président du parti, je me sens responsable de cette défaite», a déclaré Rahul. «Ce mandat est clairement contre nous et notre parti. Nous acceptons la décision des électeurs. Mais en même temps, nous espérons que le prochain gouvernement ne fera aucun compromis sur l’unité de la société indienne et sur les intérêts de la nation», a ajouté Sonia Gandhi. Avec seulement 44 sièges sur 543 à la Lok Sabha (Chambre basse du Parlement) contre 206 remportés en 2009, le Parti du Congrès vient d’essuyer sa pire défaite depuis sa création par les pères de la démocratie indienne, Jawaharlal Nehru et le mahatma Gandhi.

Des politiques dépassées

Les raisons de cette débâcle sont les mêmes que celles qui ont permis au BJP d’emporter la victoire en tenant la «dynastie Nehru-Gandhi» pour responsable de tous les maux. Une inflation galopante, une corruption endémique au sein du gouvernement, un manque d’actions strictes et efficaces, un leader né «avec une cuillère en argent dans la bouche» auquel le peuple a du mal à s’identifier.

Selon Kamal Nath, ministre sortant du gouvernement du Congrès, «le parti n’a pas réalisé que l’Inde avait changé. Les gens aspirent à l’ascension sociale avant tout et ne veulent plus être définis comme “pauvres ». Nous n’avons pas su nous moderniser et communiquer. Nos politiques (ciblées sur les plus démunis, NDLR) sont dépassées.»

Face à ces résultats catastrophiques, les partisans du Congrès sont vite montés au créneau. «C’est comme si Rahul avait voulu que le parti perde… En fait, il s’en fout de la politique, il n’a jamais voulu en faire. Sa mère aurait plutôt dû le laisser se marier avec sa copine étrangère au lieu de le rappeler à Delhi !», s’exclame Shashi, un partisan du Congrès déçu des résultats devant le siège du Congrès désert vendredi.

À la suite de l’assassinat de sa belle-mère, en 1984, puis de son mari sept ans plus tard, Sonia Gandhi, l’expatriée italienne, avait juré de se battre pour le Congrès. Elle avait ramené le parti au pouvoir en 2004, mais refusé d’endosser le rôle de premier ministre. Très vite, sa mainmise sur la politique du gouvernement a été critiquée. Manmohan Singh, défini comme son «pantin», fut dès lors perçu comme une personnalité faible et invisible. Quant à Priyanka Gandhi, la petite sœur de Rahul – dont le physique rappelle celui de sa grand-mère, Indira Gandhi -, elle est devenue la nouvelle coqueluche des partisans du Congrès. «Lorsqu’elle est intervenue pour défendre sa famille pendant les élections, les gens l’écoutaient. Elle a capté l’attention des médias alors que Rahul n’est pas aussi accessible et charismatique», ajoute Shashi.

Aucun autre leader crédible

Bien que Rahul et Sonia aient reconnu leur responsabilité dans la débâcle du Congrès, il est évident que pour sortir de ce chaos le parti devra se réinventer. «Il faudra apporter du sang neuf et cesser de vénérer les Gandhi comme des rois ou des dieux», confie Vijay, l’un des rares partisans du Congrès qui s’était déplacé au siège pour soutenir le parti dans la défaite.

«Modi a ciblé directement Rahul et Sonia Gandhi pendant la campagne en comparant leur vie princière à son passé de chai wala (vendeur de thé). Les Gandhi sont en quelque sorte devenus une faiblesse pour le parti plutôt qu’une force», explique la politologue Roopinder Bhatia, à Delhi.

Mais le Congrès pourra-t-il survivre sans les Gandhi? Aucun autre leader ne semble aujourd’hui crédible. «Sans figure à laquelle se rattacher, le parti finira aux oubliettes», ajoute Roopinder Bhatia. Lundi, Sonia et Rahul Gandhi ont proposé de démissionner lors de la réunion des leaders du parti. Ces derniers ont rejeté leur demande en bloc. «Nous devons accepter nos erreurs, démissionner n’est pas une solution», avait déclaré le premier ministre sortant, Manmohan Singh.

Si cette décision a immédiatement été perçue par les médias indiens comme une répétition des erreurs du passé, certains partisans continuent de croire en eux. «Ce n’est pas la fin. Les Gandhi ont sauvé le Congrès dans le passé et ils peuvent encore le faire», confie Sandeep, un fonctionnaire du gouvernement proche de «la famille». Quinze ans plus tôt, lorsque le Congrès a perdu les élections face au BJP, tout le monde annonçait leur fin. Mais en 2004, à la surprise générale, Sonia a mené le parti vers la victoire.

Publié dans Le Figaro

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