La « parade de la victoire » de Modi

Modi à l'aéroport de Delhi (c) Indiatoday.in
Modi à l’aéroport de Delhi (c) Indiatoday.in

A l’annonce de son arrivée, la foule se presse devant la sortie de l’aéroport de Delhi. Des ballons et des drapeaux à l’effigie du BJP volent. Narendra Modi sort, une cacophonie générale s’empare des lieux et très vite un raz de marée safran entoure le « héros » des élections. Ce dernier, vite escorté dans sa voiture, esquisse un geste de la main pour les remercier.

Presque toutes les routes ont été fermées pour « la parade de la victoire » de Modi. Le futur Premier ministre devrait être intronisé dans la semaine à Delhi. En attendant, il a entamé sa tournée de remerciements en rendant d’abord visite à sa mère pour obtenir sa bénédiction en s’agenouillant à ses pieds comme le veut la tradition indienne. Puis à l’annonce de sa nette avance, il s’est adressé à son peuple du Gujarat. Puis à Delhi, la capitale où le parti a raflé tous les sièges.

Ils sont maintenant plusieurs centaines à l’attendre devant le siège du BJP, certains venus de loin pour acclamer leur idole. « J’ai prié Dieu tous les jours pour qu’il arrive au pouvoir, enfin nous nous dirigeons vers une Inde meilleure », confie Priya, une fermière de l’Haryana qui est venue avec ses enfants et son mari pour tenter de voir, au moins de loin, Modi en chair et en os. Une Inde meilleure, des jours meilleurs, c’est ce que Modi vend au peuple en leur promettant de réaliser leurs rêves d’ascension sociale. Dans la foule qui se presse, on trouve toutes sortes d’électeurs, pas uniquement des nationalistes mais surtout des jeunes qui espèrent une économie forte leur offrant des opportunités de carrière intéressantes. Il y a des riches commerçants mais également des fermiers aux abois qui espèrent une baisse du coût de leur consommation quotidienne en nourriture et en énergie. D’autres chantent et dansent, ils sont venus pour faire la fête, peints aux couleurs du BJP (vert et safran).

Depuis hier, les félicitations des dirigeants du monde entier affluent. Dans un communiqué de l’Elysée, François Hollande a affirmé sa volonté «  de rencontrer et de travailler avec le prochain Premier ministre de l’Inde et son gouvernement » pour porter les relations bilatérales « à des niveaux de confiance et de coopération toujours plus élevés ». Obama et Cameron quant à eux ont invité Modi à leur rendre visite, bien que ce dernier fut persona non grata pendant plusieurs années car il était accusé d’avoir une part de responsabilité dans les pogroms anti-musulmans au Gujarat en 2002.

A Nizamuddin, un quartier musulman de la capitale, l’opinion est divisée. Certains estiment que « c’est la décision de Dieu » et attendent de voir, « De toutes façons maintenant c’est fait, il n’y a plus rien à dire. Espérons que Modi tienne ses promesses d’aider et d’intégrer tout le monde dans le futur succès de l’Inde ». D’autres sont plus vindicatifs et craignent une recrudescence des discriminations envers les minorités. « Ce n’est pas vraiment Modi en lui-même mais plutôt les extrémistes de son parti qui vont penser qu’ils ont le pouvoir et peuvent désormais faire ce qu’ils veulent en toute impunité ». Le nombre de musulmans ayant remporté des sièges au parlement est également au plus bas depuis 1952 avec 24 seulement sur 543 sièges.

Aarti (messe) en l'honneur de Modi à Varanasi (c) indiatoday.in
Aarti (messe) en l’honneur de Modi à Varanasi (c) indiatoday.in

Si le personnage de Modi suscite la polémique en Inde et ailleurs, l’Inde embrasse-t-elle pour autant le nationalisme hindou ? La réalité est bien plus complexe que cela. « Seule une minorité est extrémiste, la majorité a voté pour Modi et non pour l’idéologie. Le peuple voulait exprimer sa colère envers le Congrès », explique la politologue Roopinder Bhatia.

C’est donc avant tout un vote pour plus d’emplois, moins d’inflation et une bonne gouvernance plutôt qu’un vote pour l’Hindutva (idéologie nationaliste hindoue), une caste ou une religion. La victoire du BJP dans l’Uttar Pradesh (71 sièges sur 80) et au Bihar (30 sièges sur 40), en témoigne. Modi a su convaincre les électeurs de penser au-delà des castes. C’est la raison pour laquelle le parti de Mayawati, la leader des Dalits et autres basses castes dans l’Uttar Pradesh, a échoué à les rallier. Et sans grande surprise, le parti de l’homme ordinaire, Aam Admi (AAP) et les autres partis d’opposition ont aidé le BJP à gagner en divisant les votes des anti-Modi.

Après Delhi, Modi, en bon hindou, s’est rendu à Varanasi, haut lieu spirituel de l’hindouisme où il a été élu, pour remercier les dieux sur les bords de la rivière sacrée du Gange lors d’une aarti (messe) géante. « La mère Gange a décidé de mon destin. Je travaillerai sous sa direction », a-t-il dit à la foule.

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