Et si Modi devenait Premier ministre de l’Inde ?

India Elections
A Varanasi, où Modi s’est présenté comme candidat contre Kejriwal (de l’AAP – parti du citoyen ordinaire), les nationalistes hindous sont venus en masse pour le soutenir.

Une vague « pro-Modi » à travers le pays devrait amener le candidat nationaliste hindou, Narendra Modi, au poste de Premier ministre le 16 mai, jour des résultats des élections générales indiennes. Son « succès » tant vanté au Gujarat sera-t-il un modèle pour l’Inde ? Quels sont ses défis ? Sa stratégie ?

Lorsque l’avion entame sa descente vers le petit aéroport de Vadodara dans l’Etat du Gujarat (Ouest), le paysage que l’on aperçoit par le hublot pourrait tout aussi bien être en France. Une verdure luxuriante, des champs bien structurés de légumes variés et des moissons de blé et de coton qui se balancent sous la chaude brise d’avril côtoient les cheminées géantes des usines.

Vadodara est la plaque tournante du commerce dans le Gujarat. De premier abord, la ville et les villages alentours semblent prospères. Dans les villages, les champs sont bien irrigués, les routes sont pavées, toutes les maisons et les fermes sont approvisionnées en électricité et la plupart comptent une ou deux voitures. Pour rejoindre la ville, on emprunte une nouvelle autoroute à six voies et tout au long défilent les pancartes géantes de celui qui se présente comme le « père son Etat ».

Bienvenue à « Modiland ». Cet Etat est dirigé par Narendra Modi, qui depuis 13 ans se rend aux urnes le 30 avril. Sous le feu des projecteurs depuis le début de la campagne, c’est « l’Etat modèle » – preuve du succès de son sulfureux chef.

Dans tous ses discours, Modi vante sa surcapacité d’énergie, son abondance d’eau pour l’agriculture et, bien sûr, l’implantation des plus grandes industries indiennes et internationales. Une stratégie payante, si l’on en croit la presse, qui s’attend à ce qu’une «vague pro-Modi» déferle sur le pays.

« Modi vend du rêve et les gens ont soif de changement. Ce n’est pas un vote pour le BJP ou son idéologie, c’est un vote pour Modi. Certains ont voté Congrès pour leur Etat régional et votent Modi pour le gouvernement central. Je n’ai jamais vu ça auparavant ! », dit D. Barua, un fonctionnaire de l’Arunachal Pradesh (Nord-Est).

Sa victoire est tellement attendue que depuis l’an dernier les Européens et Américains le courtisent. L’ambassadeur français en Inde, François Richier, lui a notamment rendu visite dans son Etat et une délégation américaine « privée » l’a rencontré bien qu’il soit toujours interdit de visa pour les Etats-Unis.

Récemment, créant la surprise générale, le demi-frère du premier ministre actuel, Manmohan Singh, a rejoint les rangs de l’ennemi, en délaissant le Parti du Congrès.

La menace extrémiste hindoue

En plus d’une mécanique de propagande bien huilée qui repose sur le culte d’une personnalité vantée sur tant d’affiches, vidéos, tracts et réseaux sociaux. Modi a également réussi à former des alliances clés avec les partis régionaux. Selon les derniers sondages, sur les dix États qui comptent pour plus de 400 sièges au Lok Sabha (Chambre basse du Parlement), le BJP est presque sûr d’obtenir la majorité dans sept États contre un seul pour le Congrès.

Et si Modi devenait effectivement premier ministre? L’un de ses plus grands défis serait de répondre aux attentes des électeurs (besoins primaires en eau, nourriture et électricité, santé, emploi, bonne gouvernance pour ne citer que les principales). «Modi a si bien promu son expérience au Gujarat que la plupart des électeurs sont hypnotisés par ses promesses d’appliquer ce modèle au reste de l’Inde. Les gens espèrent le voir brandir une baguette magique pour résoudre tous leurs problèmes d’un coup. Or, il suffit qu’on ait une mauvaise mousson pour que tout soit anéanti», confie la politologue indienne Roopinder Bhatia.

Le modèle du Gujarat comporte des zones d’ombre. Selon l’indice de développement humain de 2011, cet État connaît une importante mortalité infantile, un taux très élevé de déscolarisation, l’accès aux soins et à l’eau courante étant également insuffisant. Mais la personnalité de Narendra Modi, dont les aspérités ont été gommées pour mieux plaire aux masses, a paru tout faire oublier. «D’un personnage autoritaire, imprégné de l’idéologie de l’organisation extrémiste hindoue Rashtriya Swayam Sevak Sangh (RSS) et probablement complice des pogroms antimusulmans du Gujarat en 2002, il est aujourd’hui devenu une figure presque paternaliste – un bon berger qui pourrait diriger le pays pour le sortir du marasme de la corruption, de l’inflation et du chômage», a récemment écrit l’économiste Jean Dreze. «Sa stratégie pour accomplir tout cela est laissée à notre imagination – le fond ne fait pas partie de sa publicité. Le BJP s’est également réinventé comme le parti de la transparence, bien qu’il soit tout aussi corrompu que le Congrès», poursuit-il.

Modi peine également à contrôler l’aile d’extrême droite de son parti. Pendant la campagne, un candidat du BJP a déclaré que ceux qui ne soutenaient pas Modi devraient s’exiler au Pakistan. Un autre leader du BJP au Gujarat a organisé une manifestation violente contre un homme d’affaires musulman. Son crime : avoir acheté une maison dans une zone à majorité hindoue. « Il a ordonné à ses partisans d’obliger l’homme à retourner dans un quartier musulman et, s’il refusait, d’attaquer sa maison. Les musulmans au Gujarat et dans d’autres Etats indiens sont retranchés dans des zones et ne peuvent en sortir », confie un proche de la victime.

Modi pourrait très certainement atteindre le Graal dont il rêve mais la plus grande menace pour la survie de son gouvernement viendrait donc des extrémistes hindous, qui comptent bien en profiter pour pousser les minorités dans leurs retranchements, comme elles le sont au Gujarat.

Texte court publié dans Le Figaro 

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