Inde : ces 125 millions de jeunes qui votent pour la première fois

Sortie en boîte de nuit pour de jeunes Indiennes à Bombay. Les mœurs occidentales ont désormais envahi les grandes villes du sous-continent. Crédits photo : Rafiq Maqbool/AP
Sortie en boîte de nuit pour de jeunes Indiennes à Bombay. Les mœurs occidentales ont désormais envahi les grandes villes du sous-continent. Crédits photo : Rafiq Maqbool/AP

Les moins de 35 ans représentent près de 65 % de la population. Ils réclament un meilleur système éducatif, de l’emploi et la sécurité.

Sonali, une jeune infirmière de 24 ans à Delhi, fait défiler le fil d’actualité de sa page Facebook dans le métro. Elle lit les derniers ragots sur les candidats, commente et partage des messages engagés avec ses amis et des inconnus. Elle ne suit pas une ligne politique particulière, ni un parti, mais pour elle et des millions d’autres jeunes le gouvernement doit et va changer: «Je n’étais pas vraiment intéressée par la politique. Mais depuis ces deux dernières années, face à la corruption, l’inflation, les viols, on a fini par craquer… La jeunesse est dans la rue!».

400 millions de jeunes Indiens se rendront bientôt aux urnes, dont 125 millions pour la première fois. Symbole d’une société en pleine mutation, les moins de 35 ans représentent près de 65 % de la population. Dans un pays où la moyenne d’âge des candidats est de 60-70 ans, cette masse électorale ne peut plus être négligée, et cette année leur vote pourrait bien changer la donne.

Nés à l’ère de la mondialisation, ces jeunes ont commencé à faire parler d’eux pendant le mouvement anticorruption lancé par Anna Hazare en 2011, puis pendant la tragédie du viol collectif à Delhi en décembre 2012. Leurs demandes sont claires: un meilleur système éducatif, de l’emploi, de la sécurité, et un système politique irréprochable.

Le Parti du «citoyen ordinaire» (l’AAP), né du mouvement anticorruption il y a un an, est celui qui a vu le plus de jeunes rejoindre ses rangs. Mais trois mois après son élection à Delhi, l’enthousiasme des débuts n’est plus ce qu’il était: «Le chef de l’AAP, Arvind Kejriwal, a démissionné du poste de ministre en chef de l’État de Delhi pour protester contre le gouvernement central. Il nous a abandonnés et je suis déçue d’avoir voté AAP. Ils n’ont pas assez d’expérience pour diriger», estime Jasleen, une jeune journaliste sikhe originaire du Pendjab, qui dit attendre de lire les programmes avant de faire son choix.

De son côté, le Parti du Congrès peine à faire mieux. L’entrée du jeune Rahul Gandhi sur la scène politique il y a quatre ans n’a pas réussi à changer l’image de «vieux parti corrompu»: «Je n’arrive pas à m’identifier à Rahul Gandhi, il a hérité d’un nom, d’une dynastie, c’est dépassé!», s’insurge Manoj, un hindou de 26 ans originaire de l’Uttarakhand.

Le BJP, lui, s’est vite rendu compte que ses discours agressifs pro-hindous ne suffiraient pas à gagner les jeunes électeurs. Ce parti, emmené par Narendra Modi, a ciblé la jeunesse à travers les réseaux sociaux, en poussant des messages autour de l’emploi et du développement. «Tout le monde veut réussir, partir de rien et arriver au sommet et Modi, le “chai wala” (vendeur de thé, NDLR) devenu politicien est un exemple, s’enthousiasme Manoj. Qu’on soit pauvre ou riche, urbain ou rural, les jeunes recherchent la modernité.»

Mais le communautarisme prêché par ce parti est loin de plaire à tous. Sameer, un jeune musulman originaire du Bihar, est paniqué à l’idée de voir Modi arriver au pouvoir. «Le business OK, mais les pauvres dans tout ça? Et les musulmans, à quoi doivent-ils s’attendre? Il ne devrait pas y avoir de parti destiné à une religion, une communauté. Nous sommes tous indiens, et ce sentiment s’élève au-dessus de toute religion.»

Les traditions et les pressions familiales demeurent aussi des barrières difficiles à franchir et le choix du candidat demeure encore aujourd’hui basé sur le critère de la caste, surtout dans les campagnes. Les jeunes électeurs urbains ne veulent plus voter pour un candidat qui n’est pas éduqué ou qui est illettré, ce qui est le cas de près de 200 membres du Parlement aujourd’hui.

Publié dans Le Figaro

4 réflexions au sujet de « Inde : ces 125 millions de jeunes qui votent pour la première fois »

  1. Bonjour Christine,

    Quelles sont les principales raisons pour lesquelles Arvind Kejriwal a abandonné son poste à Delhi ? J’avais entendu qu’il n’avait pas la majorité pour former le gouvernement qu’il souhaitait…

    Sinon, c’est très agréable et instructif de vous lire !

    Cordialement,

    MC

    1. Bonjour Michel,

      Merci pour votre message ! Officiellement, Kejriwal a abandonné son poste à Delhi pour protester contre le gouvernement central — il voulait apporter des modifications à une loi anti-corruption et ni le Congrès, ni le BJP l’ont soutenu au parlement. Officieusement, cette ‘nouvelle liberté’ lui permet de faire campagne à travers toute l’Inde – il s’est notamment présenté dans la circonscription de Varanasi contre Modi.

      Bonne journée,

      CN

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