Rahul Gandhi, l’héritier qui peine à s’imposer

Après avoir longtemps fui ses responsabilités, Rahul Gandhi a été élu, en janvier dernier, vice-président du Parti du Congrès.

Rahul Gandhi, le vice-président du Congrès, lors d'une conférence de presse à New Delhi, en mars.
Rahul Gandhi, le vice-président du Congrès, lors d’une conférence de presse à New Delhi, en mars.

Rahul Gandhi est le candidat officieux du Parti du Congrès au poste de premier ministre, comme l’attestent les millions de pancartes affichant son sourire à fossettes. Mais ce célibataire endurci, quasi inaccessible, demeure un personnage difficile à cerner, trop mystérieux pour les Indiens friands de potins sur sa vie privé. Et il lui faudra sans doute plus de temps et d’efforts pour égaler ses célèbres aïeux.

Surnommés «The Family», les Gandhi symbolisent l’héritage des pères de la démocratie indienne: le Mahatma Gandhi et Jawaharlal Nehru. Ils sont les représentants d’une Inde laïque et multiculturelle qui coexiste à côté de celle des castes et du communautarisme. Malgré les malheurs qui l’ont frappée, la famille Nehru-Gandhi s’est toujours relevée. Sonia Gandhi, la «veuve italienne», a repris le flambeau à la tête du Congrès après les assassinats de sa belle-mère, Indira Gandhi, et de son mari, Rajiv Gandhi, tous deux anciens premier ministres.

Pourtant, après cinq décennies à tenir les rênes de la plus grande démocratie du monde, le Parti du Congrès doit faire face à un constat: l’Inde a évolué, l’économie a connu une croissance sans précédent et les nouvelles générations de «self made men» ont mis à mal cette idée de dynastie et «d’ordre de succession inévitable», qui rappelle étrangement le système de caste.

«Ce n’est pas parce que mon père est chauffeur de rickshaw (tricycle) que je le serai un jour, et ce n’est pas parce que Rahul est l’héritier de Nehru qu’il est un bon politicien. Ça, c’était l’ancienne façon de penser. Aujourd’hui, les gens recherchent de nouveaux modèles, des exemples de réussite basés sur le mérite», confie Krishna, un étudiant à l’Université de Chennai (Madras).

Aucun autre leader crédible

Faute d’implication ou victime de l’image de corruption qui colle à son parti, Rahul Gandhi n’a pas réussi à rallier les États fédéraux à sa cause. En 2013, le Congrès a perdu ses positions dans tous ses territoires clés, y compris dans l’État le plus peuplé d’Inde, l’Uttar Pradesh, et à Delhi où la famille réside.

«La mise en place de mesures pour lutter contre la pauvreté et la corruption comme les lois sur le droit à l’information et sur la sécurité alimentaire n’ont pas suffi à blanchir le Congrès des scandales de corruption, explique la politologue indienne Roopinder Bhatia. Le profil du candidat l’emporte sur les réformes politiques. Le peuple est à la recherche de dirigeants forts, sûrs d’eux. Tout comme le serait une star de Bollywood par exemple, un modèle.»

Pour que Rahul inspire définitivement confiance, il devra réformer son parti de l’intérieur, apporter du sang neuf et rompre avec les traditions. Une défaite du Congrès aux élections générales n’annonce pas forcément le départ des Gandhi. Le parti passerait alors officiellement dans l’opposition et aurait tout le temps de préparer Rahul à son destin. Après tout, la noblesse de son lignage demeure son plus grand avantage et il sera bien plus facile à Rahul d’être le nouveau visage du Congrès, alors même qu’aucun autre leader crédible ne semble pouvoir le concurrencer.

Publié dans Le Figaro

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