Le Sri Lanka refuse de céder à la pression internationale

Des centaines de femmes ont pris d'assaut le convoi du Premier ministre britannique David Cameron lors de sa visite à Jaffna dans le nord du Sri Lanka
Des centaines de femmes ont pris d’assaut le convoi du Premier ministre britannique David Cameron lors de sa visite à Jaffna dans le nord du Sri Lanka

Le sommet du Commonwealth qui a eu lieu du 15 au 17 novembre à Colombo, a principalement été animé par la situation des Tamouls du Sri Lanka et leur intégration dans le processus de réconciliation nationale. Le Premier ministre britannique David Cameron a enjoint le Sri Lanka d’ouvrir une enquête sur les accusations de crimes de guerre et de le rendre d’ici mars 2014. Mais cette nouvelle pression est loin de déstabiliser le pouvoir central qui affirme n’avoir « rien à cacher ».

A l’annonce de son arrivée à Jaffna (nord), vendredi, ils étaient plusieurs centaines de Tamouls à s’être déplacés pour manifester, brandissant des photos de leurs proches « portés disparus »… Pris d’assaut par un groupe de femmes hurlant, pleurant et demandant justice, le Premier ministre britannique David Cameron, est le premier dirigeant étranger à visiter la zone nord du Sri Lanka depuis l’indépendance du pays en 1948. C’est dans cette région qu’opérait la rébellion tamoule, le LTTE (Tigres de libération de l’Eelam tamoul) battue par l’armée sri-lankaise en 2009 au cours d’une guerre sanglante et controversée.

Après avoir rencontré des représentants gouvernementaux, des civils et des ONG travaillant sur place, Cameron a demandé officiellement au président sri-lankais, Mahinda Rajapaksa, de mener une enquête indépendante sur les questions relatives aux droits humains, qui comprennent le décès de plusieurs milliers de civils dans la dernière phase de la guerre. « Je vais être clair, si une enquête n’est pas réalisée d’ici mars, alors je demanderai au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies de travailler avec la Commission des droits de l’Homme au lancement d’une enquête internationale complète, crédible et indépendante, sur les accusations de crimes de guerre perpétrées lors de l’écrasement de la rébellion tamoule en 2009 », a averti Cameron.

Une demande rejetée en bloc par les autorités sri-lankaises. « Ceux qui vivent dans une maison de verre (ndlr: en référence aux dissidences dans le nord du Royaume Uni) n’ont aucunement le droit de nous jeter la pierre », a annoncé Rajapaksa samedi dernier. « Nous avons mis fin à l’impérialisme depuis longtemps (…) Le Commonwealth ne peut pas devenir une ‘police internationale’ », ont déclaré des ministres sri-lankais lors d’une conférence de presse.

Une menace en vain

Pour les Tamouls du Sri Lanka, si cette visite a permis une nouvelle fois de faire « parler d’eux », ils ne sont pas dupes quant aux réelles répercussions de l’action de Cameron. « Le gouvernement n’autorisera pas d’enquête indépendante sur son territoire. La menace de Cameron est en vain, explique un professeur tamoul de l’Université de Colombo. Même le rapport de Navi Pillay la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, dans lequel elle s’est pourtant dite consternée par l’intensification manifeste des mesures de surveillance et de harcèlement de la société civile sri-lankaise, n’a pas véritablement eu d’impacts ».

Pour Vikram, un Tamoul de Chennai, en Inde, qui a monté une association de soutien aux Tamouls du Sri Lanka : « Les droits de l’homme ne feront pas bouger les lignes. Il faut attaquer là où ça fait mal : l’économie. Le Sri Lanka a besoin d’investissements ; il faut convaincre les pays à les boycotter, notamment la Chine communiste qui ne se soucie guère des crimes de guerre et investit massivement dans le pays ».

David Cameron est au Sri Lanka pour participer au sommet du Commonwealth qui se termine dimanche à Colombo et qui a notamment été boycotté par plusieurs dirigeants, dont ceux de l’Inde, du Canada et de l’Île Maurice, en protestation au refus de Rajapaksa de mener une enquête « sérieuse » sur les crimes de guerre commis par son armée. Seuls 27 chefs de gouvernements ont participé au sommet qui réunit 53 nations.

Le« règne de la peur »

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Campagne du gouvernement sri-lankais qui cherche à faire croire que le pays se développe dans la joie après des décennies de guerre

Alors que le gouvernement sri-lankais tente de dépeindre l’image d’un « joyau de l’océan indien » qui se reconstruit après des décennies de guerre, la réalité sur place est loin d’être paradisiaque. Pour certains, c’est le « règne de la peur » instauré par le pouvoir local qui sévit. « Les autorités sri-lankaises ont pris des mesures pour empêcher toute manifestation publique à Colombo pendant le sommet du Commonwealth. Le gouvernement a intensifié la répression contre l’opposition et toute voix discordante : des militants de l’opposition, des journalistes et des défenseurs des droits humains, entre autres, ont été harcelés ou menacés », note un rapport d’Amnesty International.

Début novembre, la BBC révélait un nouveau témoignage poignant de tortures perpétrées contre les Tamouls après la fin de la guerre. L’histoire de Vasantha, une jeune tamoule violée et torturée (frappée, brûlée, noyée dans l’eau) début 2013 par l’armée sri-lankaise pendant 20 jours, avant d’être relâchée moyennant un pot de vin. Malgré des preuves médicales certifiant les tortures et les viols subits par Vasantha, pour le gouvernement sri-lankais, ces déclarations sont calomnieuses. Pire, il accuse Vasantha et les autres victimes d’avoir été payées ou torturées par le LTTE lui-même pour discréditer le Sri Lanka.

Retour sur le conflit

L’histoire du conflit entre les Tamouls et le gouvernement sri-lankais remonte à l’indépendance du pays, en 1948. Une période où l’arrivée au pouvoir des Cinghalais, qui étaient alors majoritaires et de confession bouddhiste, a entraîné des discriminations envers la minorité tamoule. Le LTTE (Les Tigres de libération de l’Eelam tamoul), né en 1976 pour défendre les Tamouls en créant un État séparé dans le nord de l’île, ont été vaincus lors de la «guerre ultime» impulsée par le président Mahinda Rajapaksa en 2008.

«Un bain de sang», c’est ce qu’aujourd’hui dénonce l’ONU qui accuse le gouvernement d’avoir enfreint à de nombreuses reprises les règles de captivité des prisonniers de guerre et de protection des civils. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a estimé que 40.000 civils avaient péri dans les derniers mois du conflit.

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