Viol collectif en Inde : les accusés condamnés à mort

A l'annonce du verdict, des femmes ont fondu en larmes, vendredi à New Dehli. Crédits photo : Altaf Qadri/AP
A l’annonce du verdict, des femmes ont fondu en larmes, vendredi à New Dehli. Crédits photo : Altaf Qadri/AP

Akshay Kumar, Vinay Sharma, Pawan Gupta et Mukesh Singh, coupables du viol collectif, du kidnapping et du meurtre d’une jeune étudiante de 23 ans en décembre à Delhi, vont faire appel de leur condamnation.

Une pancarte géante créée par des étudiants montre les quatre hommes pendus, devant la cour de Saket à New Delhi. L’annonce du verdict se répand comme une traînée de poudre: des cris de joie fusent, des femmes fondent en larmes et des centaines de personnes applaudissent et se bousculent dans un vacarme contenu tant bien que mal par une horde de policiers. «C’est une première victoire pour des millions d’activistes. Je suis contre la peine de mort mais aujourd’hui je suis fière que l’Inde ait pris une décision forte. Un avertissement pour tous ces criminels», dit Madhu une membre de l’ONG Maitri India, qui lutte contre les inégalités.

L’Inde attendait ce jugement avec impatience et ils sont plusieurs centaines à s’être déplacés pour entendre le verdict prononcé par le juge Yogesh Khanna. Son allocution fut rapide. La cour a estimé que le crime entrait dans la catégorie «des affaires criminelles les plus rares» entraînant par conséquent la peine de mort. «Les crimes contre les femmes ne cessent d’augmenter et nous ne pouvons rester indifférents. Nous devons faire passer le message que cela ne sera pas toléré», a insisté le juge. La victime, une jeune étudiante en kinésithérapie qui est morte dans un hôpital à Singapour, avait été frappée, violée et agressée sexuellement avec une barre en fer dans un bus en mouvement, avant d’être jetée sur le bord de la route.

Les avocats de la défense ont annoncé que les quatre hommes feront appel. L’affaire sera désormais renvoyée devant la Haute cour de justice de Delhi puis la Cour suprême. Selon le National Crime Records Bureau, il y aurait aujourd’hui 477 condamnés à mort dans le pays, mais seuls 3 coupables ont été exécutés en 17 ans. Venkata Krishna, avocat à la Cour suprême s’interroge sur les raisons qui ont motivé le verdict: «Condamner quatre personnes à mort, c’est rare en Inde. La pression publique a-t-elle joué un rôle dans le verdict? Ce sera l’élément déterminant qui sera adressé par la Haute cour».

Pendant le procès, le juge a entendu 85 accusations et 17 témoins de la défense. Quatre des six accusés avaient plaidé non coupables. En mars, le cinquième accusé, Ram Singh s’était donné la mort dans sa cellule de prison. Un sixième suspect âgé de 17 ans au moment des faits a été jugé et condamné par une cour de justice pour mineurs à trois ans de détention juvénile, soit la peine maximale.

Une cour spéciale pour traiter des viols

Depuis ce drame, des cas similaires de viols font les choux gras de la presse indienne. Sous la pression de la société, le gouvernement a mis en place une cour spéciale qui traite des viols et autres violences contre les femmes. «Les cas de viol sont encore tabous en Inde et les victimes doivent parfois attendre plus de dix ans avant que leurs agresseurs soient jugés coupables», note Madhu de Maitri India.

Une loi a également été passée en mars afin de punir plus sévèrement les agresseurs sexuels. Elle condamne les violeurs récidivistes à la peine de mort et fait entrer le voyeurisme, le harcèlement sexuel, les attaques à l’acide, les viols en bande et le trafic sexuel parmi les crimes spécifiques.

L’affaire a laissé une marque indélébile dans la société et déclenché de nombreux débats autour du statut de la femme. Pourtant, malgré cette mobilisation nationale, la plupart d’entre elles ne se sentent toujours pas en sécurité. «Je ne fais confiance à personne, je sais que le pire peut m’arriver, peu importe où je suis et peu importe avec qui je suis… et tout cela pourquoi? Parce que je suis une femme…», déclare Anita, une graphiste de 27 ans, à la sortie du métro Barakhamba à Delhi.

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Publié dans Le Figaro

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