Narendra Modi, le «gourou» sulfureux d’Ahmedabad

Accusé d’être l’instigateur de massacres de musulmans en 2002, mais blanchi par la Cour suprême, le chef du gouvernement de l’État du Gujarat, Narendra Modi, semble faire l’unanimité auprès des hommes d’affaires.

Narendra Modi, le 8 juillet dernier, à New Delhi. Crédits photo : PRAKASH SINGH/AFP
Narendra Modi, le 8 juillet dernier, à New Delhi. Crédits photo : PRAKASH SINGH/AFP

Vêtu de l’habit traditionnel indien, un turban couleur safran, un tika (point) rouge sur le front, Narendra Modi salue son peuple à Ahmedabad, la capitale de son fief. «Vive NaMo c’est notre sauveur. Celui qui nous mènera vers une Inde meilleure!» crie un partisan. Modi est le «gourou» du Gujarat, ses habitants le vénèrent tel un dieu. Alors qu’à l’étranger, il a été longtemps personanon grata.

Récemment nommé président du comité en charge des élections générales de 2014 pour le BJP, le parti nationaliste hindouiste, il est l’artisan de la transformation de son État en modèle de développement économique pour l’Inde.

Né dans une famille pauvre voilà soixante-deux ans, Modi commence à travailler dès son plus jeune âge. Il vend du thé dans la ville alors sous-développée d’Ahmedabad. Bientôt il décroche un petit boulot dans une cantine d’État, et c’est là, en servant les fonctionnaires, qu’il développe ses talents d’orateur et devient un ardent militant du Sangh Parivar (un ensemble de partis politiques prônant l’idéologie de l’Hindutva, mouvement nationaliste extrémiste hindou). Dès lors, rien n’arrêtera plus son ascension fulgurante: il devient secrétaire général du BJP en 1995 puis Chief Minister (chef du gouvernement) du Gujarat en octobre 2001.

En février 2002, un événement majeur va entacher durablement son image. Des extrémistes hindous lancent des pogroms après que des musulmans ont mis le feu à un train, tuant 59 hindous de retour d’un pèlerinage dans l’Uttar Pradesh (Nord). Près de 1300 personnes meurent dans les affrontements. L’an dernier, Modi a été blanchi de toute responsabilité par la Cour suprême. Mais les organisations de défense des droits de l’homme l’accusent toujours d’être l’un des principaux instigateurs des massacres de musulmans.

Cette tragédie ne l’a pas empêché de multiplier le nombre de ses partisans, en partie grâce à sa réussite économique – la seule solution, selon lui, pour endiguer la pauvreté.

Interdit de visa en Europe

Modi a su s’attirer le soutien des grands magnats de l’industrie tels que les conglomérats Tata, Ambani ou Mahindra, qui investissent des sommes astronomiques dans son État. «Modi s’exprime bien, il sait plaire et, surtout, il a mis le doigt sur l’un des freins majeurs à l’investissement des sociétés étrangères en Inde: la complexité de l’administration, confiait un chef d’entreprise canadien lors du Vibrant Gujarat, le forum international organisé par l’État tous les deux ans. Il ratio­na­lise toutes les démarches, offre des réductions de taxes et multiple les avantages accordés aux investisseurs étrangers.»

En février dernier, il a été invité à déjeuner à l’ambassade d’Allemagne à New Delhi avec tous les chefs de mission de l’UE, marquant ainsi la fin du boycott exercé par cette dernière contre le réformateur du Gujarat. Quelques semaines plus tard, c’est une délégation américaine officieuse qui lui rend visite. Toujours interdit de visa pour les États-Unis et l’UE à cause des tueries de 2002, Modi semble faire l’unanimité auprès des hommes d’affaires.

Même si aucune annonce officielle n’a été faite, l’objectif de Narendra Modi est de devenir le premier ministre du pays. Mais, pour gagner la majorité, il devra s’adresser à toutes les confessions de l’Inde et porter un message de paix envers le Pakistan. Il part cependant avec un avantage certain sur son principal rival, Rahul Gandhi. Le succès économique de son État, son charisme et ses promesses d’une gouvernance forte pèsent dans un contexte où les scandales de corruption ne cessent d’affaiblir le gouvernement.

Publié dans Le Figaro

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