Rahul Gandhi : Peut-il sauver le Congrès ?

Rahul Gandhi
Rahul Gandhi (copyright: Times of India)

Rahul Gandhi est finalement sorti de l’ombre. Nommé vice-président du Congrès, le parti au pouvoir, il apparait désormais comme étant sa nouvelle figure emblématique, un statut longtemps tenu par sa mère, Sonia Gandhi, elle-même présidente du parti. Sa principale mission : conduire le Congrès à la victoire aux prochaines élections parlementaires de 2014.

Lors de son discours d’intronisation, il en a ému plus d’un lorsqu’il affirma son amour du peuple indien et jura d’oeuvrer au changement du pays. Il ne manqua pas d’évoquer les accomplissements de sa grand-mère, Indira Gandhi, et de son père, Rajiv,tous deux anciens Premiers ministres, tous deux assassinés. « Ce jour-là, je vis mon père pleurer pour la première fois (…) Ce même jour, il s’adressa à la nation ; Il fit revivre l’espoir », évoque t’il à propos de l’assassinat de sa grand-mère par ses deux gardes du corps sikhs en 1984. A cette déclaration, des milliers de membres du Congrès, certains les larmes aux yeux, se levèrent pour applaudir leur nouveau vice-président, l’homme sur lequel se portent tous leurs espoirs, celui qui ravivera la flamme du Congrès. Puisque il porte en lui la mémoire et le sang des grands dirigeants du pays, il ne peut que réussir, vaincre.

« Dès sa naissance, Rahul fut désigné par les astres pour poursuivre la mission de ses ancêtres. Il est né pour ça. Même s’il n’a aucun lien avec le Mahatma, son nom, « Gandhi », a un effet psychologique certain », explique Shahi, un membre fervent du parti à Delhi qui arbore sur les vitres de sa voiture des effigies du leader. Il le désigne déjà comme le « prochain Premier Ministre indien ».

Séduire les leaders fédéraux

Dans ses nouvelles attributions, le descendant de la dynastie Gandhi devra porter un message fort à travers les Etats pour rallier les suffrages et séduire les dirigeants au niveau fédéral. Une mission qui s’avère délicate au moment où le Congrès subit les foudres de la critique pour ses scandales de corruption à répétition, son incapacité à prendre des mesures strictes,et l’inertie de son pilotage économique. En 2013,les élections seront ouvertes dans huit Etats indiens dont le Rajasthan, le Madhya Pradesh, le Karnataka, Delhi et le Jammu & Kashmir. D’après un récent sondage du quotidien Times of India, le Congrès, dans sa forme actuelle, devrait remporter 113 sièges au parlement, contre les 206 précédemment occupés depuis les élections de 2009. Au total, le parti et sa coalition gagneraient 128 sièges.Le BJP (le « Parti du peuple indien », de tendance nationaliste hindoue) et ses alliés devraient quant à eux conquérir 184 sièges. Mais rien n’est joué ; au-delà du verdict définitif des urnes, les alliances du principal parti d’opposition pourraient s’avérées bancales. Dans des Etats comme le Karnataka, le BJP est même en situation très précaire.

Autre stratégie possible pour le Congrès, cibler le sud et le nord-est de l’Inde, qui comptent près de 157 sièges sur 543 et où le BJP ne s’est jamais vraiment imposé. Mais, de manière générale,le sondage révèle que le Congrès et le BJP subiraient surtout un jeu de vase communicant, le premier perdant sa majorité dans l’Andhra Pradesh et le Rajasthan, le second emportant surtout ses voix dans les Etats ou il est minoritaire.

L’homme de la situation ?

Rahul fréquente la scène politique depuis huit ans. Longtemps perçu comme un espoir pour la jeunesse du pays, son implication au sein du parti est resté incertaine pendant longtemps. Si l’Inde espérait des actions plus engagées de sa part, il a souvent déçu l’opinion publique. « Rahul n’est pas un véritable leader. Il profite du nom dont il a hérité. Il faut que notre pays en finisse avec ses dynasties. Jusqu’à présent, il n’a pas forcément brillé en tant que politicien », confie Manoj, un étudiant en sciences politique de 26 ans, à la sortie de l’université Jawaharlal Nehru de Delhi.

Bien que Rahul Gandhi a mené campagne pendant trois dans l’Uttar Pradesh en 2012, il n’a pas réussi à légitimer son statut et a perdu les élections – sa stratégie reste floue. Ses résultats électoraux dans les autres états sont aussi décevants. Il est par ailleurs resté muet sur les derniers scandales qui ont secoué l’Inde : corruption, terrorisme, viols, insécurité, inflation, etc.

Pour perpétuer leur dynastie, les Gandhi ne manquent pas de travail. La liste est longue.Ils doivent contrôler une inflation grandissante, réformer des lois sur la sécurité et la justice, traiter les cas de corruption et prendre des mesures comme interdire aux candidats ayant des casiers judiciaires de postuler à des fonctions administratives.

Miser sur les pauvres

Son programme de garantie de l’emploi rural et son plan de crédits aux fermiers constituent les grandes mesures qui ont permis au Congrès de gagner les élections de 2009. Pour 2014, Sonia Gandhi a déjà identifié son cheval de bataille : une loi sur la sécurité alimentaire qui nécessitera près de 30 milliards d’euros dans sa forme actuelle. Pour mettre en place un tel plan, le Congrès devra s’ouvrir aux investissements étrangers, notamment dans le secteur des biens de grande consommation. Une initiative fortement contestée par nombre de ses partenaires. Pourtant en novembre dernier, lors d’un rassemblement du parti à Delhi, Rahul Gandhi avait annoncé : « Pour faire progresser les pauvres, les réformes économiques sont nécessaires ; la libéralisation est essentielle ». Il marque sa priorité : les plus démunis et l’immense population rurale du pays. Une nouvelle fois, Rahul échoue à s’adresser aux industriels et aux hommes d’affaires qui portent aujourd’hui une part importante de sa croissance.

Le Congrès ira-t-il jusqu’à le proposer pour le poste de Premier ministre ? Rien n’est sûr, disent certains experts politiques : « Etant donné les nombreuses alliances que celui-ci devra opérer dans chaque état, les partis partenaires devraient avoir un grand rôle à jouer dans le choix du leader de la nation. A l’intérieur même du parti, l’incertitude règne sur le choix du prochain Premier Ministre ». Il est donc peu probable que le Congrès décide de désigner directement l’héritier de la dynastie Gandhi Premier ministre aux prochaines élections, surtout pour le protéger des attaques du BJP, tout particulièrement de celles de Narendra Modi. Le Chief Minister du Gujarat, souvent considéré comme le leader de son parti, a très directement attaqué Rahul Gandhi lors des élections dans son Etat en janvier, où le Congrès a essuyé une défaite cuisante.

Pour que Rahul s’impose auprès des foules et leur inspire définitivement confiance, il devra enfin intervenir avec détermination dans le débat public et s’adresser à tous les électeurs. Si sa jeunesse apporte un souffle nouveau face à la masse des candidats octogénaires indiens, défaut de son atout, il manque peut-être encore d’expérience pour gagner à sa cause les partis alliés dans les prochains suffrages. Son manque de communication, sa faible médiatisation – il refuse toute interview avec les médias – sont aujourd’hui des freins à son ascension en tant que dirigeant du Congrès ou Premier Ministre du pays. Son principal opposant,
Narendra Modi, le sait et déploie toutes ses cartes pour faire de son Etat un vrai modèle. Le sommet du vibrant Gujarat affiche les résultats concrets de son action : des chiffres, des soutiens de magnats de l’industrie, des mesures politiques populaires, etc. soit un projet pilote du régime de gouvernance qu’il souhaite imposer à la nation.

Une défaite du Congrès aux élections parlementaires, et un gros point d’interrogation se posera sur le futur politique de Rahul Gandhi. En revanche, en cas de victoire de la coalition du Congrès, Il présente un recours crédible pour le poste de Premier Ministre. Après tout, la noblesse de son lignage demeure son plus grand avantage et il sera bien plus facile à Rahul de devenir le nouveau visage du Congrès alors même qu’aucun autre leader crédible ne semble pouvoir le concurrencer.

Publié dans INDES, mai-juin 2013

6 réflexions au sujet de « Rahul Gandhi : Peut-il sauver le Congrès ? »

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