Education en Inde: donner des ailes aux enfants

Alors que les ONG en Inde de plus en plus nombreuses génèrent des polémiques autour de leurs activités, il est temps de faire la différence entre les celles qui profitent du système et celles qui agissent vraiment. Réduire la pauvreté et les écarts sociaux afin de permettre aux enfants défavorisés d’avoir un avenir meilleur par l’éducation, tel est le but de l’ONG Aarohan.

Devant le bidonville de Jagdaarohanamba Camp à Sheikh Sarai dans le sud de Delhi, une femme moderne vêtue d’un sari et d’un gros bindi rouge entre par les chemins sinueux et étroits. Les odeurs de déchets ne la dérangent pas, ni les constructions en tôles et plastiques. La pauvreté de ces hommes et de ces femmes ne la trouble pas et elle sourit et dit bonjour aux parents et enfants qu’elle croise. Mme Suchitra Kaul arrive finalement devant une petite chambre peinte en vert sur laquelle nous pouvons lire « Aarohan Nursery School » (La crèche de Aarohan).

A l’intérieur, de tout petits bambins de 3 à 5 ans assis par terre les pieds croisés l’attendent impatiemment pour étudier. Ils débutent avec un chant et une chorégraphie spécialement pour les invités que nous sommes. La classe se terminant, ils repartent leur sac d’école sur le dos. Aarohan signifie s’élever en hindi et tout le but de cette association est contenu dans ce mot. C’est-à-dire donner aux enfants l’espoir et les moyens sur le long terme de réussir à l’école pour sortir de la misère. « Nous avons choisi de nous installer à l’intérieur du bidonville même, pour avoir accès aux enfants très tôt et dans leur milieu afin qu’ils se sentent à l’aise. Etre ici permet également aux parents de voir et de comprendre notre travail, cela vise à créer et installer une confiance durable entre nous et les familles » explique Rani Patel, Présidente de Aarohan.

L’article 54 de la Constitution indienne stipule : « l’Etat doit faire son possible pour fournir en l’espace de dix ans, à partir du commencement de cette constitution, une éducation gratuite et obligatoire pour tous les enfants jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de quatorze ans ». L’article 46 quant à lui affirme: « l’Etat doit promouvoir, avec un soin particulier, l’éducation et les intérêts économiques des citoyens les plus défavorisés et en particulier les Scheduled Castes et les Scheduled Tribes et doit les protéger des injustices sociales et de toutes les formes d’exploitation sociale. »

Aujourd’hui, quelques décennies plus tard, la situation s’est certes améliorée mais reste très médiocre. Le manque d’éducation primaire en Inde est un fait et l’action du gouvernement est insuffisante en raison des faibles niveaux du budget lui étant consacré. Il existe en général une indifférence pour l’éducation des plus pauvres et un mauvais usage de l’argent attribué par le gouvernement central.

« L’apathie de la société civile globale et individuelle a aussi posé un grand challenge. Ceux qui ont une meilleure vie et une meilleure position ne voient pas l’intérêt à aider les initiatives telles que la nôtre ».

La faible fréquentation des enfants issus des bidonvilles est liée non seulement à la pauvreté mais également à d’autres facteurs comme le genre, la caste, les opportunités de travail, la qualité de l’apprentissage et l’échec scolaire de la plupart des enfants qui ne sont pas préparés et pas suivis dans leurs études (c’est là où Aarohan intervient).

Le programme « Education for All » qui a débuté en 1990 et qui a reçu d’importants soutiens financiers (notamment l’aide externe de la World Bank) pour l’éducation primaire reste aujourd’hui un projet encore incomplet. D’après une étude menée par le gouvernement indien, près de 17% des enfants âgés de 5 à 14 ans ne vont pas à l’école. Malgré la forte croissance économique de l’Inde, 50% du PIB venant du secteur des services, le taux d’embauche reste très faible. En effet, une majorité de la main d’oeuvre reste engagée dans le secteur informel générant peu de revenus. Cette situation se répercute ainsi sur les besoins des familles et l’importance mineure consacrée à l’éducation des enfants dans leur mentalité. Par ailleurs, avec un taux d’illettrisme encore très élevé en Inde (environ 36 %) et particulièrement dans les bidonvilles, l’action réside également dans l’éducation et l’aide aux parents. « Aarohan accompagne les parents et les enfants dans les démarches administratives pour les inscriptions à l’école. Cela a été un travail de longue haleine, travailler sur les mentalités des parents, gagner leur confiance, s’installer avec eux, les convaincre d’envoyer les enfants à l’école et en plus une école qui dispense des cours de soutien scolaire, au lieu de les faire travailler pour subvenir à leur besoin », explique Harinder Motihar, bénévoles de Aarohan.

Contrastant largement avec le nombre de plus en plus important de millionnaires dans la capitale, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a quant à lui quasi doublé.

Il n’y a pratiquement aucune école présente à l’intérieur des bidonvilles. Cette densité d’écoles totalement en accord avec les normes nationales ne confirme cependant pas que ces écoles sont fréquentées par des enfants défavorisés. D’un autre côté, les études sur l’accès des enfants défavorisés à l’éducation sont peu nombreuses et incomplètes. L’éducation offerte par le gouvernement bien que gratuite entraîne des frais supplémentaires. Le coût des dépenses par enfant a augmenté considérablement (on l’estime à 2 000 roupies par an par enfant : cours de soutien scolaire, matériel, livres, uniforme…) Pour une famille générant près de 50 roupies par jour, ces coûts correspondent à une part importante de leurs dépenses. Autre élément important, les discriminations contre les basses castes et les pauvres en général dans la mentalité des enseignants et des enfants plus favorisés. « Le plus important c’est de leur donner confiance. Qu’ils se sentent forts, capables, qu’ils ne baissent pas la tête mais se démarquent et se construisent une personnalité qu’il leur est propre. Beaucoup d’enfants extrêmement introvertis et peureux au début de notre rencontre, arborent aujourd’hui un visage souriant et lumineux, c’est notre plus grande fierté » explique Damini Bhasin, Project Manager de Aarohan.

Vous souhaitez participer à ce projet, devenir bénévole, travailler avec les enfants et aider les membres de Aarohan dans leur mission.

Pour plus d’informations :
http://www.aarohanngo.org/
Tel:0091-11– 65951911
E-mail:aarohansociety@gmail.com

(publié dans le Magazine INDES)

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