Etudier en Inde !

copyright: Christine Nayagam
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Elles ont choisi de partir à la découverte d’autres manières de faire et d’être. Emmanuelle Loève, Nolwenn Montheil et Youna Lanos témoignent de leur vie sur le campus de l’université Nehru de New Delhi.

Quand Youna Lanos annonça à ses parents qu’elle avait choisi l’Inde pour son année d’étude à l’étranger, ces derniers ont rechigné. Pourtant «ils ont dû s’y faire», et c’est avec enthousiasme que la jeune fille et ses amis, à la terrasse du dhaba (petit café) de l’université Jawaharlal Nehru (JNU) de New Delhi, racontent la découverte d’une culture aux antipodes de la leur.

«Je voulais me retrouver loin des beaux quartiers de Saint-Germain-des-Prés et vivre quelque chose de plus excitant… Être dans un pays émergent permet de voir comment les choses se construisent et de se remettre en question aussi», explique Nolwenn Montheil, étudiante en troisième année à Sciences Po Paris. L’étudiante habite un 10 m2 sur le campus de la JNU et fait la queue tous les matins pour remplir sa bassine d’eau chaude. «Les portes des chambres ressemblent à celles des prisons, avec des loquets, dit-elle en souriant, et pourtant vivre sur le campus est génial: nous pouvons participer aux nombreuses activités en toute sécurité, et surtout, rien n’est cher!» Cinquante euros par semestre pour l’hébergement et 22 euros pour la cantine tous les mois, «les économies (sur sa bourse) sont énormes, du coup je peux voyager un peu partout dans le pays», explique Nolwenn.

Khôl aux yeux et piercing

Tous les étudiants n’ont cependant pas la chance d’habiter sur le campus de leur université. Emmanuelle Loève, étudiante à l’IEP du Havre, a dû «lutter» pour trouver un appartement digne de ce nom sur le marché capricieux de l’immobilier indien: «On ne sait jamais à qui on a affaire… Au départ, j’étais dans une résidence dont les propriétaires étaient très conservateurs, donc pas possible de rentrer tard ou d’inviter qui on veut.»

Ces jeunes Françaises sont totalement immergées dans la culture indienne. Piercing au nez, khôl aux yeux, Youna s’exprime même en hindi. «C’est primordial, notamment pour éviter de se faire arnaquer sans cesse, surtout par les rickshaws !» (les scooters taxis).

Chacun définit son rythme et ses envies, et les cours suivent la cadence: «On ne voit pas le temps qui passe» ; «Tout peut s’arranger, même notre emploi du temps» ; «Il n’y a pas de pression comme en France», disent les jeunes expatriés. «Nos professeurs nous encouragent plutôt à voyager, à découvrir le pays, car ils savent que ce n’est pas en quelques mois que nous pourrons avoir une expertise poussée sur un sujet», dit Nolwenn, qui restera en Inde un an et qui a déjà parcouru six États. «Moi je ne suis plus une étudiante! Je suis plutôt une observatrice, je vis une expérience humaine…», s’exclame Emmanuelle.

«Un apprentissage permanent»

Dans le cadre de la visite de François Hollande, l’éducation sera un point clef des discussions sur le partenariat stratégique entre la France et l’Inde. «Il y a près d’un million et demi d’Indiens qui apprennent le français. La France reçoit près de 2000 étudiants indiens chaque année, grâce à des bourses, notamment. Ce chiffre va augmenter de façon considérable d’ici à 2015», explique Max Claudet, directeur de l’Institut français en Inde. En sens inverse, les étudiants français sont peu nombreux à l’échelle du pays.

Depuis l’agression d’une jeune Indienne dans un bus de New Dehli en décembre, les étudiantes françaises s’inquiètent-elles pour leur sécurité? «Ce sont plutôt nos amis indiens qui s’inquiètent pour nous, ils nous raccompagnent si on rentre tard», dit Emmanuelle. «Sur le campus on est protégé, on vit comme des Indiens ; en dehors on est vus comme des Blancs. Les regards portés sur nous, occidentales, sont plus appuyés, mais ce n’est pas non plus invivable», précise Nolwenn.

Au-delà des émerveillements quotidiens, des situations insolites et même des difficultés, les étudiantes de la JNU s’accordent sur un point: elles excluent d’anticiper leur retour en France. «Je n’ai pas de billet de retour et, en fait, j’ai peur de rentrer, que tout paraisse froid, ennuyeux, pas animé. Ici, s’enthousiasme Emmanuelle, c’est un spectacle permanent, un apprentissage permanent, et la possibilité d’entreprendre est plus grande.»

( Publié dans Le Figaro )

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