L’Inde mobilise ses forces contre le fléau du viol

Par Christine Nayagam Mis à jour le 03/01/2013 à 11:41 | publié le 02/01/2013 à 18:21 Réactions (34)

Manifestation pour dénoncer les crimes commis contre les femmes, mercredi au mémorial Mahatma Gandhi à New Delhi.
Manifestation pour dénoncer les crimes commis contre les femmes, mercredi au mémorial Mahatma Gandhi à New Delhi. Crédits photo : Dar Yasin/AP

Nouvelle Cour spéciale, nouvelle législation : l’émoi suscité par le drame de New Delhi oblige les autorités à agir.

Le président de la Cour suprême de l’Inde, Altamas Kabir, a inauguré mercredi soir à Saket, dans le sud de New Delhi, la première Cour spéciale dédiée aux crimes commis contre les femmes. Le procès des responsables d’un viol collectif particulièrement brutal perpétré contre une jeune femme dans la capitale le 16 décembre dernier sera le premier jugé par cette cour. Il doit débuter ce jeudi 3 janvier dans la matinée. La police de Delhi doit présenter un rapport de 1000 pages sur les faits et citer 30 témoins.

Alors que les manifestations et la mobilisation se poursuivent un peu partout en Inde, l’opinion indienne exige que justice soit rendue à la jeune fille de 23 ans décédée dans un hôpital à Singapour le 29 décembre, des suites de ses blessures. «Nous avons de solides preuves et face à l’atrocité de ce crime, la police demandera la peine de mort», a annoncé Sushil Kumar Shinde, ministre de l’Intérieur du gouvernement indien.

Une ultime manifestation a eu lieu mercredi à Jantar Mantar, à New Delhi, avant l’ouverture du procès. Des bougies allumées par centaines, des messages de soutien accrochés un peu partout. L’association des conducteurs de bus réclame davantage de moyens pour assurer la sécurité dans les bus. Ailleurs, des jeunes assis en rond, quelques jeunes filles les larmes aux yeux s’amassent autour de la photo de l’étudiante pour y déposer des fleurs. Il y a encore ceux qui font la grève de la faim et d’autres qui hurlent et conspuent la police. Enfin, au centre, des pandits ou prêtres indiens procèdent à des rituels religieux pour que la jeune fille trouve la paix et que justice soit rendue.

Tous sont d’accord pour dénoncer l’atrocité des viols commis sur cette étudiante à coups de barre de fer rouillée. Mais les avis divergent sur la peine la plus adéquate. «Ces criminels devraient être présentés devant nous et subir la lapidation publique, aux crimes barbares des punitions barbares! Nous devons faire un exemple pour que cela ne se reproduise plus ou du moins amène à réfléchir les futurs violeurs qui aujourd’hui malheureusement n’ont peur de rien, pas même de la police», proteste Shikhant, un étudiant de 21 ans.

Boîte de Pandore

«Ce n’est pas la peine de mort qui servira à quoi que ce soit, il faut que la loi change. Que les viols soient plus sévèrement punis et les procès moins longs. Et surtout ce n’est pas uniquement cette jeune fille mais des centaines d’autres qui demandent toujours justice pour les horreurs qu’elles ont subies à cause des viols. Et nombre de jeunes femmes violées ne sont même pas allées jusqu’à porter plainte par peur de représailles», dit Rashmi, 32 ans, employée dans un centre commercial.

Les six criminels jugés jeudi sont accusés de viol collectif, d’assassinat et de tentative de destruction des preuves. Parmi eux, un jeune de 17 ans, qui sera jugé par un tribunal pour mineurs, même si le rapport de la police indique qu’il aurait été l’un des plus violents du groupe.

Ce rapport devrait dévoiler le déroulement précis des événements – depuis l’embarquement dans le bus, les attaques sur le petit ami et les viols répétés sur la jeune femme, jusqu’à leur débarquement dans les rues de Delhi, une tentative pour les écraser avec le bus et, enfin, leur admission à l’hôpital.

Alors que certains avocats de Saket refusent de défendre les accusés et appellent au boycott de ce dossier, la police de Delhi estime que le procès devrait durer un mois, vu la nature des preuves présentées. Celles-ci comprennent deux témoignages audio de la jeune femme (enregistrés par un magistrat avant son décès), la présence d’un témoin sur les lieux du crime ainsi que des rapports scientifiques. Le dossier médical de la victime sera étayé par des preuves médico-légales recueillies dans le bus et des images de vidéosurveillance.

Selon le National Crime Records Bureau du ministère de l’Intérieur, 228 650 crimes contre les femmes furent recensés en 2011 dont 24 206 viols. Seulement 26,4 % des procès ont abouti à une peine contre les accusés. La Cour spéciale inaugurée à Saket est un premier pas qui doit faciliter l’aboutissement de ces procès.

Mais pour des millions de manifestants en Inde, le combat est loin d’être terminé. L’émoi suscité par cette affaire a ouvert une boîte de Pandore qui va au-delà du viol. Il s’agit désormais de dénoncer des pratiques politiques et l’incapacité du gouvernement à assurer la sécurité de ses citoyens, tout particulièrement des femmes. De nombreux politiciens accusés de crimes, notamment d’agressions sexuelles, sont désormais dans le collimateur des associations et de la justice. Dès le 8 janvier, la Cour suprême de l’Inde recevra une pétition réclamant que les hommes politiques ayant à répondre de faits criminels soient interdits d’élections au niveau national ou des États fédérés. S’en suivra un projet de loi visant à punir plus sévèrement les violeurs, qui sera présenté en février lors de la prochaine session parlementaire.

( Publié dans Le Figaro )

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